Conseils pratiques

Faire ses bagages léger sans rien sacrifier à l’essentiel

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Je pars deux semaines avec un sac de cabine et jamais je n’ai eu l’impression de manquer de quoi que ce soit. Ça n’a pas toujours été le cas. Mes premiers carnets de voyage racontent surtout l’histoire d’une valise trop lourde traînée sur les pavés de Porto, remontée à bout de bras dans les escaliers du métro de Rome, abandonnée à moitié fermée dans le couloir d’une auberge à Ljubljana parce que je n’avais plus la force de la porter jusqu’à ma chambre. Ce jour-là, assise par terre avec mes affaires éparpillées autour de moi, je me suis promis que ça n’arriverait plus.

Le sac plutôt que la valise

Le premier changement n’a rien eu à voir avec ce que j’emportais, mais avec le contenant lui-même. J’ai troqué la valise à roulettes contre un sac à dos de voyage. Sur les pavés irréguliers de Porto ou dans les ruelles en escalier de Fira, à Santorin, une valise devient vite un obstacle qu’on traîne plus qu’on ne transporte. Un sac bien porté, lui, se fait oublier. Il libère les mains, épargne le dos si on le choisit avec de bonnes bretelles réglables, et surtout il impose une limite physique. On ne peut pas entasser indéfiniment dans un sac de trente-cinq litres. Cette contrainte, au début frustrante, est devenue mon meilleur outil de tri.

La règle des trois usages

Avec le temps, j’ai adopté une règle simple avant de glisser un vêtement dans le sac : je me demande s’il peut servir à au moins trois usages différents pendant le voyage. Une chemise en lin claire peut se porter en pleine journée, se fermer par-dessus un débardeur le soir venu, et se nouer autour de la taille si la balade sur les hauteurs de Cinque Terre finit par se réchauffer. Un legging fin fait aussi bien office de tenue de train confortable que de base pour dormir. Cette question, posée à chaque objet, élimine naturellement les pièces trop spécifiques qui ne serviront qu’une fois, ce pull épais « au cas où » qui prend toute la place et ne sort jamais du sac.

Ce que j’emporte toujours

Avec les années, une liste de base s’est stabilisée, celle que je reprends presque sans réfléchir avant chaque départ.

  • Trois hauts qui se marient tous entre eux, dans des tons neutres qui ne jurent jamais les uns avec les autres.
  • Un pantalon souple et un short ou une jupe légère, selon la saison et la destination.
  • Une veste polyvalente, imperméable si possible, qui tient chaud le soir sans être encombrante le jour.
  • Une paire de chaussures de marche déjà rodée, jamais neuve, et des sandales légères pour le soir.
  • Une trousse de toilette réduite au minimum, avec des contenants rechargeables plutôt que des formats voyage à usage unique.
  • Un carnet et un stylo, parce que noter une impression à chaud vaut toujours mieux que de vouloir s’en souvenir plus tard.

Ce que j’ai fini par laisser à la maison

Le tri le plus utile n’est pas celui qu’on fait en préparant le sac, mais celui qu’on fait en le défaisant au retour. Je regarde toujours ce que je n’ai pas touché du voyage. Pendant longtemps, c’était le sèche-cheveux de voyage, minuscule et pourtant toujours resté au fond. Puis le deuxième livre, celui qu’on prend « en réserve » alors qu’on a déjà du mal à finir le premier entre deux visites. Puis les vêtements de rechange pour une seule soirée un peu habillée qui, finalement, ne se présente jamais vraiment en voyage. Chaque objet identifié comme inutile un été ne revient plus l’été suivant. C’est un tri qui se fait sur plusieurs voyages, pas en une seule fois.

Le linge se lave, partout

Ce qui m’a le plus aidée à alléger mon sac, c’est d’accepter l’idée qu’on peut laver son linge en voyage. Un lavabo, un peu de savon, une corde tendue entre deux volets de la chambre, et le t-shirt porté deux jours est propre pour le lendemain. Dans beaucoup de logements que je réserve, un espace pour faire sécher du linge existe déjà, il suffit de le chercher. Cette habitude change tout : plus besoin d’emporter dix hauts pour dix jours, quatre ou cinq suffisent largement si on accepte d’y consacrer vingt minutes un soir sur deux.

Voyager léger, ce n’est pas se priver. C’est choisir en amont ce qui compte vraiment, pour ne plus avoir à y penser une fois sur la route.

La météo, pas la peur de la météo

Une des erreurs que je faisais souvent était de préparer mon sac pour la météo la pire possible plutôt que pour la météo probable. J’emportais un gros pull pour un mois de juin en Toscane, une deuxième veste imperméable pour un séjour dans le Jura en plein été. Aujourd’hui, je regarde les prévisions réelles à quelques jours du départ, et je fais confiance à la superposition de couches légères plutôt qu’à une seule pièce épaisse censée tout couvrir. Si le temps tourne vraiment mal, il y a toujours une boutique sur place où trouver un pull en laine locale, souvent plus beau que celui laissé dans un placard à la maison.

Le sac comme état d’esprit

Ce qui m’a surprise, en voyageant plus léger, c’est à quel point ça change aussi la manière de voyager. Un sac facile à porter, c’est la possibilité de changer de plan sans calcul logistique, de sauter dans un train plus tôt que prévu, de monter les escaliers d’une gare sans transpirer avant même d’avoir commencé la journée. On se déplace différemment quand on n’a pas à négocier avec un poids qui nous ralentit. Ce n’est pas un détail pratique parmi d’autres, c’est une manière d’être plus disponible à ce qui se passe autour de soi.

Les petits objets qui changent tout

Il existe une poignée d’objets minuscules qui, avec le temps, ont pris une place disproportionnée dans mon sac par rapport à leur taille. Une pince à linge, glissée dans une poche latérale, sert aussi bien à fermer un paquet de biscuits qu’à suspendre un vêtement qui sèche sur un balcon. Un petit sac étanche protège aussi bien mon carnet d’une averse inattendue que mon téléphone lors d’une traversée en bateau. Une lampe frontale légère, que je pensais réserver aux randonnées, m’a sauvée plus d’une fois dans des chambres d’hôtes où l’éclairage du couloir s’éteignait avant que j’aie trouvé la serrure. Ce sont ces objets-là, jamais mis en avant dans les listes de préparatifs classiques, qui font souvent la différence entre une petite contrariété et un vrai moment de confort retrouvé.

S’organiser plutôt qu’entasser

Le poids d’un sac ne dépend pas seulement de ce qu’on y met, il dépend aussi de la manière dont on l’organise. J’ai longtemps entassé mes affaires en vrac, jusqu’à ce qu’une amie me convainque d’essayer les pochettes de rangement souples, une pour les hauts, une pour les bas, une pour le linge de nuit. Ce changement, purement pratique en apparence, a eu un effet inattendu sur mon rapport au sac lui-même. Je sais désormais exactement où se trouve chaque chose, je n’ai plus besoin de tout vider sur un lit d’hôtel pour retrouver un t-shirt précis, et surtout, je vois immédiatement ce que j’ai réellement emporté, ce qui m’aide à ne pas reproduire les mêmes erreurs de surcharge au voyage suivant. Un sac bien rangé est un sac qu’on connaît, et un sac qu’on connaît est un sac qu’on remplit avec plus de discernement.

La prochaine fois que vous préparez un sac, essayez de le remplir à moitié, puis de le vider entièrement sur le lit et de ne remettre que ce dont vous êtes vraiment sûr d’avoir besoin. C’est un exercice inconfortable la première fois. Il devient, avec la pratique, la partie du voyage que je préfère préparer.

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