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Je suis arrivée à Valence sans grande attente, presque par élimination, après avoir écarté Barcelone pour la troisième fois faute d’y trouver un vol raisonnable. Cinq jours plus tard, je comprenais que ce choix par défaut avait été l’un des meilleurs de mon année de voyages. Valence a cette qualité rare de ne pas chercher à imiter ses voisines espagnoles plus célèbres, et de suivre son propre rythme, plus doux, plus accessible.
La Cité des Arts et des Sciences, entre béton et eau
Impossible de commencer un guide de Valence sans évoquer la Cité des Arts et des Sciences, cet ensemble architectural signé Santiago Calatrava construit dans l’ancien lit détourné du fleuve Turia. J’y suis allée en fin de journée, quand la lumière rasante fait ressortir les courbes blanches des bâtiments qui se reflètent dans les bassins environnants. L’Oceanogràfic, le plus grand aquarium d’Europe, mérite une demi-journée à lui seul, mais j’ai personnellement préféré simplement marcher autour du site au coucher du soleil, sans entrer nulle part, pour observer les familles valenciennes qui font du vélo dans le jardin du Turia juste à côté.
Le Barrio del Carmen, cœur battant de la vieille ville
Le quartier du Carmen, avec ses ruelles étroites couvertes de fresques de street art, m’a occupée deux journées entières sans que je m’en lasse. J’y ai déniché une petite librairie tenue par un couple qui organisait des lectures le soir, et j’ai fini par y passer une heure entière à discuter littérature espagnole avec le libraire, qui parlait un français impeccable appris, m’a-t-il dit, en regardant des séries en version originale.
Le marché central de Valence, immense structure Art nouveau datant du début du vingtième siècle, vaut le détour rien que pour son architecture, mais aussi pour ses étals de jambon ibérique et de fruits qu’on ne trouve pas ailleurs en Europe. J’y ai acheté des chirimoyas, un fruit à la chair crémeuse que je ne connaissais pas, sur les conseils insistants d’une vendeuse persuadée que je repartirais avec un kilo de plus.
Une paella loin des attrape-touristes
Valence revendique fièrement d’être le berceau de la paella, et les habitants ont une opinion très arrêtée sur ce qui constitue une vraie paella valenciana, à base de poulet et de lapin, sans le moindre fruit de mer. J’ai évité les restaurants du front de mer aux menus plastifiés et j’ai suivi le conseil d’un serveur croisé par hasard, qui m’a envoyée dans le quartier d’El Palmar, un petit village au bord du lac de l’Albufera où plusieurs familles servent encore la paella dans de grandes poêles noircies, cuites au feu de bois.
J’y ai mangé face au lac, entouré de rizières où nichent des hérons, dans un silence que je n’avais pas trouvé ailleurs dans la région. Le riz, légèrement croustillant au fond de la poêle, portait un goût de fumée que je recherche encore dans chaque paella que je mange depuis.
Valence n’a rien à prouver. Elle vit à son propre rythme, entre plage, riz et vélo, sans se soucier de savoir si on la trouve assez spectaculaire.
La plage, à portée de tramway
L’un des plus grands atouts de Valence, c’est sa plage, la Malvarrosa, accessible en une vingtaine de minutes de tramway depuis le centre historique. J’y suis allée un soir de semaine, et j’ai été surprise de la voir presque exclusivement fréquentée par des habitants venus courir ou nager après le travail, loin de l’ambiance touristique que j’imaginais. J’ai dîné sur l’une des terrasses qui bordent le sable, un poisson grillé simplement arrosé de citron, en regardant le soleil descendre derrière la ville.
Le jardin du Turia, poumon vert de la ville
Ce qui distingue vraiment Valence des autres grandes villes espagnoles, c’est ce jardin du Turia, aménagé dans l’ancien lit du fleuve après qu’une crue dévastatrice en 1957 a poussé les autorités à le détourner hors de la ville. Plutôt que de combler cet espace de béton, Valence en a fait un long parc linéaire de neuf kilomètres qui traverse toute la ville, planté de palmiers et de terrains de sport improvisés. J’y ai loué un vélo un dimanche matin et j’ai roulé d’un bout à l’autre sans jamais quitter la verdure, croisant des familles entières, des joueurs de pétanque locale et des groupes de retraités qui pratiquaient le tai-chi en musique.
Ce choix urbain, qui aurait pu se transformer en simple axe routier dans bien des villes européennes, en dit long sur la philosophie de Valence : préférer la qualité de vie quotidienne aux solutions les plus rapides. J’ai retrouvé cette même logique un peu partout, dans les pistes cyclables omniprésentes et dans le nombre de terrasses familiales qui bordent le parc en fin de journée.
Les Fallas, une tradition qui marque la ville toute l’année
Même hors saison, on sent la présence des Fallas, cette fête de mars où chaque quartier construit une immense sculpture en carton-pâte avant de la brûler publiquement le dernier soir. J’ai visité le musée qui conserve les figures ninot indultat, celles que le public a votées pour être épargnées des flammes au fil des décennies, un ensemble un peu kitsch mais touchant qui raconte beaucoup de l’humour et de l’autodérision valenciens. Un guide m’a expliqué que certains quartiers investissaient l’équivalent d’une année de travail associatif dans la construction de leur falla, pour la voir partir en fumée en quelques minutes à peine, un geste qui symbolise selon lui le renouveau plutôt que la perte.
Informations pratiques
- Cinq jours permettent de couvrir la ville, la plage et une excursion vers l’Albufera.
- Le vélo, très présent grâce à un réseau de pistes cyclables développé, reste la meilleure façon de circuler.
- Réserver la paella à l’avance dans les restaurants d’El Palmar, souvent complets le week-end.
- Visiter le marché central tôt le matin, avant l’arrivée des groupes en fin de matinée.
L’horchata, une pause obligatoire
Impossible de quitter Valence sans avoir goûté l’horchata, cette boisson blanche et rafraîchissante préparée à partir du souchet, un petit tubercule cultivé principalement dans la région depuis des siècles. J’ai fini par en boire presque chaque après-midi dans une horchateria du quartier de Ruzafa, accompagnée de fartons, ces longues pâtisseries sucrées et moelleuses qu’on trempe directement dans le verre. La propriétaire, une femme d’une soixantaine d’années qui tenait le commerce depuis que ses parents le lui avaient transmis, m’a expliqué que la vraie horchata ne se prépare qu’avec le souchet cultivé localement, et qu’elle refusait catégoriquement de servir la version industrielle qu’on trouve ailleurs en Espagne.
Le quartier de Ruzafa lui-même mérite qu’on s’y attarde, avec ses petites galeries d’art, ses cafés de spécialité et son ambiance résolument plus jeune que le reste du centre historique. J’y ai passé ma dernière soirée, dans un restaurant de tapas modernes tenu par un chef qui revisitait les classiques valenciens avec une inventivité qui ne trahissait jamais tout à fait leurs racines.
Un dernier mot
Je suis repartie de Valence avec la conviction que c’est une ville sous-estimée par beaucoup de voyageurs français, davantage attirés par ses voisines plus médiatisées. Elle offre pourtant une combinaison rare entre patrimoine, gastronomie et vie littorale, sans les foules ni les prix qui accompagnent souvent ce genre d’équilibre. Je compte y retourner, ne serait-ce que pour revoir le libraire du Carmen et sa fameuse liste de lectures.


