Guides de ville

Porto en 48 heures, mon itinéraire loin des foules

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Porto ne se prête pas à l’improvisation totale, je l’ai appris à mes dépens la première fois, en arrivant sans plan précis et en perdant une bonne partie de ma première journée à chercher un café ouvert un dimanche matin. Voici comment j’organiserais ces 48 heures si je devais recommencer, avec ce que je garderais et ce que j’éviterais.

Premier jour, matin : la Ribeira avant l’agitation

Je commencerais toujours par la Ribeira, le quartier au bord du Douro, mais tôt, avant neuf heures, avant que les groupes descendus des bus n’envahissent les quais. À cette heure, les pêcheurs rangent encore leur matériel, les serveurs installent les tables des restaurants, et la lumière rasante sur les façades colorées et décrépies donne au quartier une allure presque cinématographique. J’aime m’asseoir sur les marches près du Pont Dom Luís I avec un café à emporter, avant que la foule n’arrive.

Traverser le pont, direction Vila Nova de Gaia

Beaucoup de visiteurs restent du côté de Porto et négligent Vila Nova de Gaia, de l’autre côté du fleuve, là où sont installées la plupart des caves de vin de Porto. J’ai visité la cave Ferreira, moins connue que Sandeman ou Graham’s mais tout aussi historique, et j’ai pu discuter longuement avec le guide sans être pressée par un groupe derrière moi. La montée en téléphérique jusqu’au Mosteiro da Serra do Pilar, juste au-dessus, offre la meilleure vue sur Porto et son fleuve, bien mieux que depuis les quais eux-mêmes.

Le meilleur point de vue sur Porto n’est pas à Porto. Il est en face, à Gaia, et presque personne ne s’y attarde.

Premier jour, après-midi : la Livraria Lello sans la queue

La librairie Lello, avec son escalier rouge sculpté, est devenue tellement célèbre qu’il faut désormais réserver un billet à l’avance et respecter un créneau horaire. J’ai réservé le créneau de dix-sept heures, le plus tardif de la journée, et j’ai eu la chance de photographier l’escalier presque vide, dix minutes avant la fermeture, quand la plupart des visiteurs de la journée étaient déjà repartis.

Deuxième jour : sortir du centre historique

Le deuxième jour, je quitterais volontairement le centre pour rejoindre Foz do Douro, à l’embouchure du fleuve, en tram historique depuis la Ribeira. C’est un autre Porto, résidentiel, avec ses maisons bourgeoises et sa promenade en bord de mer où les habitants viennent courir plutôt que photographier. J’y ai mangé le meilleur poisson grillé de mon séjour, dans un petit restaurant sans terrasse ni vue, fréquenté surtout par des habitués du quartier.

Le Mercado do Bolhão, réouvert et vivant

Après des années de rénovation, le marché du Bolhão a rouvert, et j’y suis retournée avec plaisir. Les étals de poisson, de fruits et de fleurs occupent le rez-de-chaussée, tandis que l’étage regroupe quelques comptoirs pour déjeuner sur le pouce. J’y ai acheté du fromage de brebis et des olives pour un pique-nique improvisé dans le Jardim do Palácio de Cristal, un parc en hauteur d’où l’on aperçoit, entre les arbres, un morceau du fleuve.

Boavista, le Porto que les visiteurs ne voient jamais

Un ami portuense m’a un jour reproché gentiment de ne connaître de sa ville que le centre historique. Il m’a emmenée dans le quartier de Boavista, autour de la Casa da Música, ce bâtiment blanc à l’architecture anguleuse signé Rem Koolhaas qui tranche complètement avec les façades d’azulejos du centre. C’est un Porto contemporain, presque méconnaissable, avec ses cafés design et ses habitants pressés qui n’ont rien à voir avec le rythme touristique de la Ribeira. Ce contraste m’a fait comprendre que Porto ne se résume pas à sa carte postale historique, loin de là.

Où dormir pour éviter le bruit du centre

La première fois, j’avais réservé un logement en plein cœur de la Baixa, séduite par la proximité de tout, et j’ai passé deux nuits difficiles à cause du bruit des bars ouverts tard. La deuxième fois, j’ai choisi une chambre du côté de Cedofeita, un quartier à dix minutes à pied du centre, plus résidentiel, où les rues se vident après vingt-deux heures. Le compromis m’a semblé idéal : assez proche pour tout faire à pied, assez loin pour dormir correctement.

Un jour de pluie, la version que personne ne montre

Il faut le dire, Porto n’est pas toujours ensoleillée, loin de là, et j’ai vécu une journée entière de pluie fine pendant mon deuxième séjour. Plutôt que de m’enfermer dans un musée bondé, j’ai suivi le conseil d’une habitante de mon logement et je suis allée m’abriter dans une librairie ancienne du quartier des Aliados, moins connue que la Lello mais tout aussi chargée d’histoire, où le patron m’a laissée feuilleter de vieilles éditions portugaises pendant près d’une heure sans jamais me presser d’acheter quoi que ce soit. C’est aussi ce jour-là que j’ai le mieux compris pourquoi les Portuense boivent autant de café en fin de matinée : la pluie donne envie de s’arrêter, encore et encore.

Ce que je ferais différemment

La première fois, j’avais programmé trop de visites de caves de vin le même après-midi, et j’ai fini par confondre les explications d’une cave à l’autre. Une seule visite suffit largement pour comprendre la différence entre les portos tawny et ruby. Je passerais plutôt ce temps gagné à me perdre dans les ruelles du quartier de Miragaia, moins photogénique que la Ribeira mais tout aussi authentique.

  • Visiter la Ribeira avant neuf heures du matin, pas après
  • Réserver un seul créneau à la Livraria Lello, en fin de journée
  • Prendre le tram historique jusqu’à Foz do Douro pour changer d’ambiance

Porto se laisse découvrir en deux jours, à condition d’accepter de rater certaines choses. C’est une ville qui récompense plus la flânerie que la liste de tâches.

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