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Édimbourg m’a accueillie sous un ciel gris qui changeait d’humeur toutes les vingt minutes, tantôt menaçant, tantôt percé d’une lumière presque dorée qui faisait scintiller la pierre grise des immeubles. Je suis venue quatre jours, pensant que ce serait largement suffisant pour une ville de cette taille, et je suis repartie en me promettant d’y revenir avec plus de temps. Voici comment j’ai organisé mon séjour, avec ses réussites et ses quelques détours inutiles.
Jour 1 : se perdre dans la vieille ville
J’ai commencé par le Royal Mile, cette artère qui relie le château à Holyrood Palace, en résistant à la tentation de foncer directement vers le château. Les ruelles perpendiculaires, appelées closes, méritent qu’on s’y attarde : ce sont des passages étroits et souvent sombres qui racontent l’Édimbourg médiévale, celle où les habitants s’entassaient dans des immeubles hauts de plusieurs étages faute de pouvoir s’étendre en largeur derrière les remparts.
Le château d’Édimbourg, perché sur son piton rocheux, domine toute la ville et mérite la montée même si le vent y souffle fort. J’y suis allée en fin de matinée, et j’ai eu la chance d’assister au tir du One O’Clock Gun, ce canon qui retentit chaque jour à treize heures pile depuis 1861, une tradition qui a fait sursauter la moitié des touristes présents ce jour-là, moi la première.
Jour 2 : Grassmarket, Greyfriars et l’ombre de la littérature
Le quartier de Grassmarket, ancien lieu d’exécutions publiques devenu aujourd’hui un ensemble de pubs et de petites boutiques, garde une atmosphère particulière malgré son passé sombre. J’ai grimpé de là vers Victoria Street, cette rue courbe aux façades colorées qui aurait inspiré le Chemin de Traverse de la saga Harry Potter, information que trois vendeurs différents m’ont confirmée avec la même fierté.
Juste à côté, le cimetière de Greyfriars vaut une visite silencieuse, ne serait-ce que pour la tombe de Bobby, ce petit chien qui aurait veillé sur celle de son maître pendant quatorze ans. J’ai terminé la journée à l’Elephant House, le café où J.K. Rowling aurait écrit une partie des premiers tomes de sa saga, en sirotant un thé face à la vue sur le château qu’on aperçoit depuis l’arrière-salle.
Jour 3 : Arthur’s Seat et les hauteurs de la ville
J’ai réservé ma troisième journée à l’ascension d’Arthur’s Seat, ce volcan éteint qui domine Édimbourg depuis Holyrood Park. La montée dure environ une heure depuis le bas, sur un sentier bien tracé mais parfois glissant, et le vent en haut peut être franchement violent, même en plein été. La récompense, une fois en haut, c’est une vue à trois cent soixante degrés sur la ville, la mer du Nord au loin, et les collines environnantes qui roulent doucement vers l’horizon.
Je suis redescendue par Salisbury Crags, cette falaise qui longe le parc, et j’ai croisé des joggeurs locaux qui semblaient trouver ce parcours parfaitement banal, alors que je peinais encore à reprendre mon souffle face au paysage.
Édimbourg a cette particularité de mêler le sublime et le quotidien sans transition : une falaise volcanique juste à côté d’un arrêt de bus, un château au-dessus d’un supermarché.
Jour 4 : Stockbridge et la Nouvelle Ville
Pour ma dernière journée, j’ai délaissé la vieille ville pour Stockbridge, un quartier plus résidentiel traversé par la rivière Water of Leith. Le dimanche matin, un marché de producteurs s’y installe le long de la rue principale, et j’y ai acheté du fromage écossais et des scones encore tièdes que j’ai mangés assise sur un banc au bord de l’eau, en regardant passer des hérons peu farouches.
J’ai terminé mon séjour dans la Nouvelle Ville, ce quartier géorgien construit au dix-huitième siècle sur un plan géométrique très strict, en totale opposition avec le chaos organique de la vieille ville. La différence architecturale entre les deux quartiers, visibles depuis Princes Street, résume à elle seule les deux âmes d’Édimbourg.
Informations pratiques
- Quatre jours permettent de couvrir l’essentiel, mais cinq laissent le temps d’une excursion vers la côte de Fife.
- Le bus reste utile pour les hauteurs, mais le centre se parcourt très bien à pied.
- Prévoir un vêtement coupe-vent quelle que soit la saison, le climat changeant vite en hauteur.
- Réserver le repas dans un pub du Grassmarket plutôt que sur le Royal Mile, plus touristique et plus cher.
Où manger sans se ruiner
La réputation de la cuisine écossaise souffre parfois d’une image trop réduite au haggis, ce pudding de panse de brebis que j’ai fini par goûter dans un pub de Cockburn Street, servi avec une purée de rutabaga et de pommes de terre appelée neeps and tatties. J’ai été agréablement surprise, même si je comprends que la recette effraie plus d’un visiteur avant de la tester. Le restaurant qui m’a le plus marquée reste pourtant une petite adresse de fruits de mer près de Newhaven, un ancien village de pêcheurs à la périphérie de la ville, où j’ai mangé des huîtres et du haddock fumé face au port, loin de l’agitation du centre.
Les pubs, eux, méritent qu’on s’y attarde en soirée, surtout ceux qui proposent encore de la musique traditionnelle en direct. J’ai passé une soirée entière au Sandy Bell’s, un pub minuscule et sans prétention près de l’université, où des musiciens locaux se retrouvent presque chaque semaine pour jouer du violon et de la cornemuse sans annonce préalable, simplement parce que c’est l’habitude depuis des décennies.
Le festival qui change le visage de la ville
Je n’étais pas là au mois d’août, période du célèbre Fringe Festival, mais plusieurs habitants m’en ont parlé avec un mélange d’affection et de fatigue assumée, décrivant une ville qui triple presque sa population pendant trois semaines et où chaque recoin, chaque cave, chaque arrière-salle de pub se transforme en scène de spectacle. Cette information a suffi à me convaincre de revenir un jour à cette période précise, malgré les mises en garde sur les prix des hébergements qui grimpent en conséquence.
Calton Hill, pour un dernier point de vue
Avant de reprendre mon vol, j’ai fait un dernier détour par Calton Hill, une colline plus modeste qu’Arthur’s Seat mais bien plus rapide d’accès depuis le centre, couronnée de monuments néoclassiques inachevés qui donnent à la ville des airs d’Athènes du Nord, un surnom que les habitants revendiquent avec une pointe d’ironie assumée. J’y suis montée juste avant le coucher du soleil, et j’ai regardé la ville entière s’éclairer progressivement sous mes pieds, le château d’un côté, la mer de l’autre, avant de redescendre dîner une dernière fois dans le quartier de Grassmarket.
Le whisky, autrement qu’en cliché
Je m’attendais à des boutiques à touristes vendant du whisky sous cellophane sur le Royal Mile, et j’en ai effectivement croisé plusieurs. Mais c’est dans une petite cave à Leith, l’ancien quartier portuaire aujourd’hui réhabilité, que j’ai vécu ma meilleure découverte du sujet : une dégustation commentée par un caviste passionné qui m’a expliqué, sans jamais se montrer condescendant face à mon ignorance totale, les différences entre les whiskies des Highlands, ceux d’Islay plus tourbés, et ceux, plus doux, du Speyside. Je suis repartie avec une petite bouteille que je garde encore pour les occasions particulières, et surtout avec l’envie de recommencer cette dégustation ailleurs en Écosse.
Ce que je retiens
Édimbourg m’a semblé être une ville de contrastes assumés, entre pierre sombre et lumière changeante, entre légendes littéraires et falaises volcaniques accessibles en vingt minutes de marche. Quatre jours suffisent à en saisir l’essentiel, mais je sais déjà que je n’en ai vu qu’une partie, et que la côte alentour mérite à elle seule un autre voyage.


