Guides de ville

Split, guide d’une ville construite dans un palais romain

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Il m’a fallu un moment, en arrivant à Split, pour comprendre ce que je regardais vraiment. Ce n’était pas une vieille ville construite autour d’un monument romain, comme j’en avais visité ailleurs, mais une ville tout entière logée à l’intérieur des murs d’un ancien palais impérial, celui que l’empereur Dioclétien s’était fait bâtir au début du quatrième siècle pour sa retraite. Les habitations, les cafés, les boutiques occupent aujourd’hui les anciennes salles et les anciens corridors, dans une continuité qui n’a jamais été interrompue depuis dix-sept siècles.

Le palais de Dioclétien, une ville dans la ville

Je suis entrée dans le palais par la Porte de bronze, côté mer, et j’ai débouché directement dans les sous-sols voûtés, immenses salles en pierre qui servaient autrefois d’entrepôts et qui accueillent aujourd’hui des étals d’artisanat. En remontant, j’ai débouché sur le Péristyle, la cour centrale du palais, où des colonnes de granit égyptien encadrent un espace qui sert encore aujourd’hui de scène pour des chanteurs de klapa, ces groupes vocaux traditionnels dalmates que j’ai entendus chanter a capella un soir, sans micro, la voix portée naturellement par l’acoustique de la pierre.

La cathédrale Saint-Domnius, installée dans l’ancien mausolée de Dioclétien, offre l’ironie historique la plus savoureuse du palais : l’empereur, connu pour avoir persécuté les chrétiens, repose désormais dans une église dédiée à leur culte. J’ai grimpé les marches étroites du clocher, un peu essoufflée, pour une vue sur les toits de tuiles rouges et la mer Adriatique qui valait chaque marche.

Marjan, la colline verte qui surplombe la ville

Après deux jours passés dans le dédale de pierre du centre historique, j’ai eu besoin d’air, et je l’ai trouvé sur la colline de Marjan, ce grand parc boisé qui domine Split à l’ouest. J’ai suivi les sentiers qui serpentent entre les pins, croisant des grimpeurs sur les falaises et des joggeurs locaux visiblement habitués à la pente. Depuis le point de vue de Telegrin, tout en haut, on embrasse la ville entière, le port, les îles au large, et je m’y suis assise longtemps, contente d’échapper à la chaleur qui montait dans les ruelles en contrebas.

Le marché vert et le marché aux poissons

Chaque matin, j’allais faire un tour au marché vert de Split, juste à l’extérieur des murs du palais, où des producteurs venus des îles voisines vendent leurs fruits, leurs herbes et leur huile d’olive. Juste derrière, le marché aux poissons couvert dégage une odeur puissante qui, m’a-t-on expliqué avec fierté, reste supportable grâce à la ventilation naturelle du bâtiment, sans avoir besoin de glace en excès. J’y ai acheté des sardines fraîchement pêchées que le vendeur m’a proposé de griller lui-même sur un petit barbecue installé à côté de son étal, un service que je n’avais jamais rencontré ailleurs.

Split m’a appris qu’une ville peut vivre à l’intérieur de ses propres ruines sans jamais devenir un musée figé. On y étend encore le linge aux fenêtres qui donnaient autrefois sur les appartements d’un empereur.

S’échapper vers les îles

Split sert de point de départ idéal vers les îles dalmates, et j’ai pris un ferry d’une heure vers Šolta, une île bien moins fréquentée que sa voisine Hvar. J’y ai loué un scooter pour la journée et j’ai roulé entre les vignes et les oliveraies jusqu’à une crique presque déserte, où j’ai nagé dans une eau si claire que je voyais distinctement les poissons nager sous mes pieds. Le retour en ferry, au coucher du soleil, avec la silhouette de Split qui se découpait progressivement sur la côte, reste l’un des moments les plus paisibles de mon voyage.

Informations pratiques

  • Trois jours suffisent pour la ville, quatre ou cinq si l’on ajoute une excursion vers les îles.
  • Le port de Split dessert plusieurs îles en ferry rapide, souvent en moins d’une heure de trajet.
  • Prévoir des chaussures confortables : les pavés du centre historique, polis par des siècles de passage, sont glissants.
  • Éviter juillet et août si possible, la chaleur et l’affluence rendant le palais difficile à apprécier pleinement.

Le front de mer et la Riva, à l’heure de la promenade

Chaque soir, sans exception, la Riva, cette promenade bordée de palmiers qui longe le port juste devant le mur sud du palais, se remplit d’habitants venus faire leur passeggiata, cette habitude méditerranéenne de marcher lentement pour le plaisir de se montrer et de discuter. Je me suis jointe à ce rituel plusieurs soirs de suite, un café glacé à la main, observant les ferries qui partaient vers les îles et les enfants qui jouaient au ballon entre les tables des cafés.

J’ai fini par reconnaître certains visages au fil des jours, notamment celui d’un vendeur de glaces artisanales installé juste à l’angle du palais, dont la glace au caroube, un parfum local à base de fruit du caroubier, m’a réconciliée avec un ingrédient que je trouvais jusque-là un peu terne. Il m’a expliqué, un soir où l’affluence était plus faible, que sa famille tenait ce même emplacement depuis plus de trente ans, malgré la pression touristique croissante sur le centre historique.

Trogir, l’excursion d’une demi-journée

À une trentaine de minutes de bus de Split, la petite ville de Trogir mérite une demi-journée, ne serait-ce que pour son propre centre historique classé, plus petit et plus intime que celui de Split, construit sur une île reliée au continent par deux ponts étroits. J’y suis allée un matin de semaine, presque seule dans les ruelles, et j’ai grimpé le clocher de la cathédrale Saint-Laurent pour une vue sur les toits orangés et les bateaux amarrés tout autour de l’île.

Un sous-sol romain devenu piste de danse

Il faut un moment pour s’y habituer, mais l’un des sous-sols du palais accueille certains soirs de la musique électronique, sous des voûtes romaines vieilles de dix-sept siècles. J’y suis entrée par curiosité plus que par envie de danser, et j’ai trouvé le contraste presque comique : des jeux de lumières colorés projetés sur une pierre que des esclaves avaient taillée pour un empereur, dans une acoustique qui n’avait clairement pas été pensée pour cet usage. C’est peut-être la meilleure preuve que Split ne fige jamais son patrimoine, quitte à le détourner de façon parfois inattendue.

Manger sur le pouce, à la mode dalmate

Entre deux visites, j’ai pris l’habitude d’acheter une burek, cette pâtisserie feuilletée fourrée à la viande ou au fromage, vendue dans de petites échoppes disséminées autour du marché. Un vendeur, en apprenant que je venais de France, m’a expliqué avec sérieux que la meilleure façon de la manger était debout, accompagnée d’un yaourt à boire, jamais assise à une table, une règle qu’il semblait tenir pour presque sacrée. J’ai suivi son conseil chaque matin suivant, debout sur le pas de sa porte, entourée d’habitants pressés qui faisaient exactement la même chose avant de partir travailler.

Ce qui reste après le départ

Ce que je retiens surtout de Split, c’est cette sensation étrange et agréable de marcher dans l’histoire sans qu’elle soit mise sous cloche. Les gens y vivent, y étendent leur linge, y boivent leur café du matin, au milieu de colonnes vieilles de dix-sept siècles, avec un naturel qui m’a longtemps manqué dans d’autres villes historiques plus muséifiées.

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