Guides de ville

Florence sans la foule, mon guide pour respirer entre les chefs-d’oeuvre

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Florence a la réputation, méritée, d’être l’une des villes les plus fréquentées d’Italie, au point que certains voyageurs renoncent à s’y arrêter plus d’une journée. J’y ai vécu trois semaines, le temps d’un remplacement professionnel, et j’ai fini par trouver les failles dans la foule, les heures et les lieux où la ville redevient respirable.

La Galerie des Offices, à la première heure exacte

Je m’étais toujours dit que la Galerie des Offices serait forcément bondée, quelle que soit l’heure. En réservant le tout premier créneau du matin, celui d’ouverture, j’ai pu traverser plusieurs salles presque seule, dont celle consacrée à Botticelli, avant que les groupes guidés n’arrivent vers dix heures. La différence entre neuf heures et onze heures, dans ce musée précis, est saisissante, presque un autre lieu.

L’Oltrarno, l’autre rive que tout le monde néglige

La majorité des visiteurs restent concentrés autour du Duomo et du Ponte Vecchio, sans jamais vraiment s’aventurer de l’autre côté de l’Arno. J’ai déménagé dans l’Oltrarno pour mes trois semaines et j’y ai trouvé un quartier d’artisans encore actif, des ateliers de restauration de meubles, de reliure et de dorure à la feuille, ouverts sur la rue, où les artisans travaillent sans se soucier des passants. Dans un atelier de la Via dello Sprone, j’ai regardé un homme redorer un cadre ancien pendant près d’une heure, fascinée par la précision du geste.

Le meilleur souvenir de Florence, je ne l’ai pas trouvé dans une boutique du centre. Je l’ai regardé se fabriquer, sans rien acheter, dans un atelier de l’Oltrarno.

Le Piazzale Michelangelo, mais pas à l’heure où tout le monde y va

Tout le monde monte au Piazzale Michelangelo au coucher du soleil, et le lieu devient alors difficile à apprécier, tant il y a de monde massé le long du parapet. J’y suis montée un matin, vers huit heures, en partant à pied depuis l’Oltrarno par les jardins de Bardini, moins connus que les jardins de Boboli mais tout aussi agréables et sans billet d’entrée à cette période. La vue sur Florence, dans la lumière encore fraîche du matin, m’a semblé tout aussi belle que celle du soir, sans la foule ni les vendeurs de bracelets.

Manger loin de la Piazza della Signoria

Les restaurants autour de la Piazza della Signoria pratiquent souvent des prix élevés pour une cuisine sans grand intérêt, ciblant les touristes de passage qui ne reviendront jamais. Une collègue florentine m’a emmenée dans une trattoria sans enseigne visible, près du Mercato di Sant’Ambrogio, à l’est du centre historique, où l’on sert une bistecca alla fiorentina à la table d’à côté sans que je sache jamais son prix exact avant l’addition. C’est là, dans ce marché de quartier fréquenté surtout par des habitants, que j’ai compris ce que mangent réellement les Florentins un jeudi soir ordinaire.

Le marché de San Lorenzo, entre cuir et touristes

Le marché de San Lorenzo a mauvaise réputation auprès de certains voyageurs expérimentés, à cause des étals de cuir vendus parfois comme artisanaux alors qu’ils ne le sont pas toujours. J’ai pourtant fini par apprécier le détour, moins pour les vestes en cuir que pour la halle couverte du Mercato Centrale, à l’étage, où des comptoirs de cuisine de rue toscane cohabitent avec des étals de produits frais bien plus authentiques que la réputation touristique du quartier ne le laisse penser. J’y suis retournée plusieurs fois pour un simple café, assise au comptoir, à observer les habitants du quartier faire leurs courses du matin.

Une demi-journée à Fiesole, au-dessus de la ville

Fiesole, petite ville perchée sur les collines au nord-est de Florence, se rejoint en une vingtaine de minutes de bus depuis le centre, et pourtant très peu de visiteurs pressés prennent le temps du détour. J’y suis montée un après-midi pour échapper à la chaleur du centre-ville, et j’ai trouvé des ruines romaines à moitié désertes, un amphithéâtre encore utilisé pour des concerts d’été, et une vue sur Florence qui rivalise, je crois, avec celle du Piazzale Michelangelo, sans la moindre trace de foule.

La Cappella Brancacci, la fresque que peu de gens cherchent

Dans l’église Santa Maria del Carmine, dans l’Oltrarno toujours, se cache la Cappella Brancacci et ses fresques de Masaccio, considérées par plusieurs historiens de l’art comme un tournant majeur de la peinture de la Renaissance. L’accès est limité à un petit nombre de visiteurs par créneau, ce qui garantit une visite presque silencieuse, très différente de la cohue des Offices. J’y suis retournée deux fois pendant mon séjour, simplement parce que la salle, minuscule et peu fréquentée, permettait de s’attarder longuement sur chaque scène sans jamais être bousculée par un groupe pressé de passer à la suivante.

Ce que je garderais, ce que j’éviterais

Je ne referais pas l’erreur de vouloir visiter le Duomo, la coupole de Brunelleschi et le baptistère le même jour, un dimanche d’ailleurs, en sous-estimant l’affluence. Je répéterais en revanche sans hésiter la promenade matinale par les jardins de Bardini et les dîners dans l’Oltrarno, loin des menus touristiques multilingues plantés devant chaque restaurant du centre.

  • Réserver le tout premier créneau du matin aux Offices
  • Explorer l’Oltrarno et ses ateliers d’artisans, souvent ignorés
  • Monter au Piazzale Michelangelo le matin plutôt qu’au coucher du soleil

Florence sature vite quand on reste dans le triangle Duomo, Offices, Ponte Vecchio. Il suffit de traverser l’Arno, littéralement, pour retrouver une ville qui a gardé un peu de calme.

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