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Une semaine à Marrakech, comment j’ai évité le tourisme de carte postale

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J’étais partie pour quatre jours à Marrakech, et j’y suis restée une semaine entière, en grande partie parce que les trois premiers jours m’avaient laissée épuisée par une version de la ville que je n’avais pas anticipée : bruyante, insistante, difficile à apprivoiser pour une voyageuse solo. Les jours suivants ont tout changé, une fois que j’ai arrêté de vouloir tout voir.

La médina, à prendre par ses marges

La place Jemaa el-Fna, le soir, mérite sa réputation : les conteurs, les musiciens, les étals de jus d’orange qui s’alignent à la tombée de la nuit. Mais j’y suis retournée trois soirs de suite et j’ai fini par préférer les ruelles adjacentes, moins fréquentées, où les artisans travaillent encore le cuir ou le métal à l’ancienne, dans de petits ateliers ouverts sur la rue. Dans le quartier de Sidi Abdelaziz, au nord de la médina, j’ai pu marcher sans qu’on m’interpelle à chaque pas, ce qui n’est pas toujours le cas près des souks les plus touristiques.

Le Jardin Majorelle, tôt ou pas du tout

Le Jardin Majorelle est devenu l’une des attractions les plus visitées du Maroc, et la file d’attente à l’entrée peut décourager. J’y suis allée à l’ouverture, à huit heures, et j’ai eu près d’une demi-heure quasiment seule dans les allées de bambous et de cactus, avant que les premiers groupes n’arrivent. Le bleu si particulier des murs, celui qu’Yves Saint Laurent a contribué à restaurer, se photographie bien mieux sans dix personnes devant l’objectif.

Sortir de la ville, direction l’Ourika

Au bout de trois jours de médina, j’ai pris un grand taxi collectif jusqu’à la vallée de l’Ourika, à moins d’une heure de Marrakech, pour changer d’air. Les villages berbères accrochés aux flancs de la vallée, les cascades de Setti Fatma accessibles après une marche d’environ une heure, et l’air plus frais de l’altitude m’ont fait un bien immense après l’agitation de la ville. J’ai déjeuné dans un petit restaurant en terrasse au bord de la rivière, les pieds presque dans l’eau, en écoutant le patron raconter comment sa famille cultive encore les terrasses au-dessus du village.

Marrakech se comprend mieux quand on la quitte un jour ou deux. On y revient différemment, moins sur la défensive.

Les hammams, entre version touristique et version locale

J’avais réservé un hammam dans un riad de luxe pour mon deuxième jour, une expérience agréable mais assez aseptisée, avec musique d’ambiance et huiles essentielles. Vers la fin de la semaine, une habitante rencontrée dans un café m’a emmenée dans un hammam de quartier, fréquenté uniquement par des femmes du coin, sans décor particulier, où le gommage au savon noir était bien plus énergique et bien moins cher. L’ambiance, faite de conversations en darija et de rires, m’a semblé beaucoup plus proche de ce que vivent réellement les Marrakchies.

Le riad, un choix qui change tout le séjour

J’ai changé de riad au milieu de mon séjour, un peu par hasard, et cela a transformé mon rapport à la ville. Le premier, proche de la place Jemaa el-Fna, était magnifique mais bruyant jusque tard dans la nuit, avec les échos de la place qui remontaient jusqu’à la terrasse. Le second, dans le quartier plus calme de Kasbah, appartenait à une famille marrakchie qui vivait encore sur place, au rez-de-chaussée. La patronne, Khadija, m’a invitée un soir à partager son dîner avec sa famille, un simple tajine de légumes, et cette soirée reste l’un de mes souvenirs les plus forts du voyage, bien plus que n’importe quel monument visité dans la journée.

La cuisine de rue, entre méfiance et découverte

Je me méfiais au départ des étals de nourriture installés chaque soir sur la place Jemaa el-Fna, redoutant les problèmes digestifs qu’on m’avait annoncés avant de partir. Sur les conseils de Khadija, j’ai fini par choisir les stands les plus fréquentés par les familles marocaines elles-mêmes plutôt que ceux qui hélaient bruyamment les touristes de passage. J’y ai mangé une harira consistante et des brochettes grillées sur place, sans jamais tomber malade, en observant simplement où mangeaient les gens du quartier avant de m’installer moi-même.

Le musée Yves Saint Laurent, plus émouvant que je ne l’attendais

Je n’avais prévu qu’une heure pour le musée Yves Saint Laurent, juste à côté du Jardin Majorelle, en pensant y trouver une simple collection de vêtements sous vitrine. J’y suis restée près de trois heures, en grande partie à cause d’une salle consacrée aux carnets de croquis du couturier, où l’on voit les liens directs entre les couleurs et les motifs marocains et certaines de ses collections les plus célèbres. Le bâtiment lui-même, en brique ocre percé de motifs géométriques évoquant un tissage, mérite le déplacement même pour ceux qui, comme moi au départ, ne se sentaient pas particulièrement concernés par la mode.

Ce que je changerais pour un prochain voyage

Je négocierais moins systématiquement dans les souks, quitte à payer un peu plus cher, pour éviter cette tension permanente qui finit par fatiguer plus qu’elle n’amuse. Je passerais aussi moins de temps dans le quartier de Gueliz, la ville nouvelle, qui ressemble finalement à beaucoup d’autres villes modernes, pour privilégier davantage les quartiers périphériques de la médina.

  • Visiter le Jardin Majorelle dès l’ouverture, pas en milieu de journée
  • Prévoir une excursion d’une journée dans la vallée de l’Ourika pour respirer
  • Chercher un hammam de quartier plutôt qu’un spa d’hôtel pour une expérience plus locale

Marrakech demande du temps pour se révéler autrement que par ses clichés. Une semaine m’a semblé être le minimum pour dépasser la première impression, souvent la plus dure à encaisser.

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