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Je suis retournée en Toscane fin octobre, après y être allée une première fois en plein été, écrasée par la chaleur et les cars de tourisme garés devant chaque village médiéval. Cette deuxième fois, j’ai loué une petite maison près de Montalcino et j’ai découvert une région que je ne connaissais pas du tout : brumeuse le matin, dorée l’après-midi, occupée par les vendanges plutôt que par les visiteurs.
Le brouillard du Val d’Orcia, plus beau que le soleil
Je me suis levée avant l’aube un dimanche pour rejoindre la Cappella di Vitaleta, cette petite chapelle isolée entourée de cyprès qu’on voit sur toutes les photos de calendrier. En été, le site est envahi de photographes dès six heures. En octobre, j’étais seule, et le brouillard qui montait des vallons a transformé le paysage en quelque chose de presque irréel, les collines émergeant par vagues successives, les cyprès flottant au-dessus de la brume. Je suis restée assise sur le bas-côté de la route presque une heure, sans croiser une seule voiture.
Montalcino pendant les vendanges
Le village de Montalcino, perché au sommet de sa colline, vit au rythme du vin toute l’année, mais en octobre, l’agitation est particulière. Les tracteurs chargés de caisses de raisin traversent les ruelles étroites, les caves sentent le moût en fermentation, et les propriétaires de vignobles, généralement discrets, prennent le temps de discuter avec les visiteurs de passage parce que la saison touristique s’achève. Dans une petite cave familiale à l’extérieur du village, le vigneron m’a fait goûter un Brunello encore en cours d’élevage, directement depuis la barrique, avant de m’expliquer pourquoi cette année serait, selon lui, meilleure que la précédente.
Il m’a dit que les vendanges racontent la vraie Toscane, celle qui travaille, pas celle qu’on photographie depuis un bus climatisé.
Pienza, la ville idéale sans la foule idéale
Pienza, construite au quinzième siècle selon les plans d’une cité idéale de la Renaissance, attire l’été des flots de visiteurs venus admirer sa place centrale harmonieuse. En automne, j’ai pu m’asseoir sur les marches de la cathédrale sans être dérangée, et le fromager de la Via del Bacio, qui vend le célèbre pecorino local, a pris le temps de m’expliquer les différences entre ses fromages affinés trois semaines et ceux affinés plusieurs mois, enroulés dans des feuilles de noyer ou frottés à la cendre.
Les petites routes, plus importantes que les destinations
Ce que je retiens surtout de ce séjour, ce sont les trajets eux-mêmes. La route entre San Quirico d’Orcia et Pienza, bordée de cyprès et de champs labourés en bandes ocre et vertes, ne mène nulle part de spécial, et c’est justement pour ça que je l’ai empruntée trois fois, à des heures différentes, pour voir la lumière changer. En Toscane, la route compte souvent plus que le village au bout.
San Quirico d’Orcia, la petite ville que tout le monde traverse
La plupart des visiteurs traversent San Quirico d’Orcia en voiture sans s’y arrêter, pressés de rejoindre Pienza ou Montepulciano. Je m’y suis garée un après-midi presque par lassitude de conduire, et j’ai découvert les Horti Leonini, un jardin Renaissance en terrasses ouvert gratuitement, où je n’ai croisé que deux autres visiteurs en une heure de promenade entre les buis taillés. Le marché du jeudi matin, réservé aux habitants plus qu’aux touristes, proposait des fromages de brebis vieillis dans des feuilles de châtaignier que je n’ai retrouvés dans aucune autre ville de la région.
La cuisine d’automne, entre champignons et sanglier
La Toscane d’octobre se mange différemment de la Toscane d’été. Les menus des trattorias changent presque du jour au lendemain pour intégrer les porcini, les cèpes ramassés dans les forêts environnantes, et le cinghiale, le sanglier chassé localement et mijoté pendant des heures avec du vin rouge et des herbes. Dans une petite trattoria familiale près de Montalcino, le patron m’a servi des pappardelle al cinghiale en m’expliquant que son beau-frère avait chassé l’animal la semaine précédente, dans les collines juste au-dessus du restaurant. Ce genre de circuit court, presque évident pour les habitants, m’a rappelé à quel point la Toscane reste une région rurale malgré son image de carte postale.
Montepulciano, la rivale discrète de Montalcino
J’ai gardé pour la fin du séjour la visite de Montepulciano, la ville voisine de Montalcino, connue elle aussi pour son vin, le Vino Nobile. Beaucoup de visiteurs comparent les deux villages et finissent par n’en visiter qu’un seul, faute de temps. J’ai eu la chance de faire les deux, et j’ai été frappée par leur différence de caractère : Montalcino, plus austère et tournée vers son église et sa forteresse, contre Montepulciano, plus étirée le long de sa rue principale, avec des caves creusées directement sous les palais Renaissance, ouvertes à la visite sans grand décorum touristique en cette saison.
Dans l’une de ces caves souterraines, un employé m’a laissée descendre seule entre les rangées de barriques centenaires, sans discours préparé, simplement en me demandant de refermer la porte derrière moi en repartant.
Ce que l’automne enlève, et ce qu’il offre
Il faut le dire clairement : certaines attractions ferment plus tôt en automne, les jours raccourcissent vite, et il peut pleuvoir plusieurs jours d’affilée. Ce n’est pas la Toscane ensoleillée des magazines de décoration. Mais c’est une Toscane qui travaille, qui vendange, qui ralentit, et qui laisse enfin de la place aux visiteurs pour s’asseoir sur une place sans attendre une table.
- Partir tôt le matin pour profiter du brouillard dans le Val d’Orcia
- Visiter une petite cave familiale plutôt qu’un domaine touristique organisé
- Privilégier les trajets lents entre les villages aux autoroutes directes
Je ne sais pas si je reviendrai un jour en Toscane l’été. Depuis cet automne-là, j’ai l’impression d’avoir vu la région dans sa version la plus sincère.


