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Les Pouilles, la lumière rase du talon de l’Italie

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La première image que je garde des Pouilles, c’est celle d’un mur de pierre sèche qui courait le long de la route entre Ostuni et Cisternino, sans jamais s’interrompre, comme s’il avait toujours été là. J’ai loué une petite voiture à Bari et j’ai roulé vers le sud sans itinéraire très précis, guidée surtout par les noms qui sonnaient bien : Alberobello, Locorotondo, Polignano a Mare. Je ne savais pas encore que cette région allait devenir l’une de celles où je rêve le plus souvent de retourner.

Alberobello et ses toits pointus

Je m’attendais à trouver Alberobello un peu artificielle, tant ses trulli, ces maisons rondes coiffées de toits en pierre grise, semblent sortis d’un livre pour enfants. Et pourtant, en marchant tôt le matin dans le quartier de Rione Monti avant l’arrivée des cars de touristes, j’ai été surprise par leur authenticité. Des habitants sortaient encore de chez eux avec leur café, indifférents à ce décor qui fait pourtant le tour du monde en photo. Une femme m’a laissée entrer dans son trullo transformé en petite boutique de tissages, et m’a raconté que sa famille vivait dans ce même bâtiment depuis quatre générations.

Polignano a Mare et le vertige de la falaise

Rien ne m’avait préparée au choc visuel de Polignano a Mare, cette petite ville perchée directement sur une falaise qui plonge dans une mer d’un bleu presque agressif. Je suis arrivée en fin d’après-midi, à l’heure où la lumière rase dorait les façades blanches, et j’ai suivi le bruit des vagues jusqu’à la Lama Monachile, cette crique encaissée entre deux parois rocheuses où les habitants viennent nager après le travail. J’ai vu des adolescents plonger depuis un rocher haut de plusieurs mètres sous les applaudissements de leurs amis, avec une aisance qui m’a donné le vertige rien qu’à les regarder.

J’ai mangé ce soir-là un panzerotto tout juste frit, acheté à un stand tenu par un homme qui semblait connaître tous les passants par leur prénom, et je l’ai mangé assise sur un muret face à la mer, le sel encore sur la peau après une baignade improvisée.

La route des trulli et des masserie

Entre Alberobello et Ostuni, la campagne des Pouilles se déploie en une mosaïque d’oliviers centenaires, certains tordus au point de ressembler à des sculptures, et de champs bordés de ces murs de pierre sèche appelés muretti a secco. J’ai dormi deux nuits dans une masseria, une ancienne ferme fortifiée transformée en petite auberge, tenue par une famille qui cultivait encore ses propres olives. Le matin, on nous servait un pain épais tartiné d’huile d’olive fraîchement pressée, avec des tomates qui avaient un goût que je n’avais pas retrouvé depuis l’enfance.

Ostuni, surnommée la ville blanche, mérite qu’on s’y perde volontairement. Ses ruelles en pente, toutes blanchies à la chaux, forment un labyrinthe presque frais malgré la chaleur de l’après-midi. Je m’y suis perdue une bonne heure sans jamais m’inquiéter, certaine de retomber tôt ou tard sur la cathédrale qui domine la vieille ville.

Dans les Pouilles, j’ai retrouvé une Italie qui ne cherche pas à impressionner. Elle se contente d’être belle avec constance, jour après jour, sans y penser.

Lecce, la Florence du sud

On m’avait prévenue que Lecce était surnommée la Florence du sud pour son architecture baroque, sculptée dans une pierre locale couleur miel qui prend des teintes dorées au coucher du soleil. La façade de la basilique Santa Croce, couverte de motifs végétaux et de figures fantastiques, m’a occupée un long moment, le nez levé, à chercher les détails que le temps avait patinés. Le soir, la ville se transforme : les terrasses se remplissent, les cloches sonnent, et on sent une vie de quartier bien réelle derrière la carte postale.

J’y ai pris un caffè leccese, ce café glacé servi avec du lait d’amande, une spécialité locale que je n’avais jamais rencontrée ailleurs et qui m’a tenue fraîche pendant toute une après-midi de marche sous un soleil qui ne laissait aucun répit.

Pour organiser son séjour

  • Louer une voiture reste le moyen le plus pratique pour relier les villages, les transports en commun étant limités hors saison.
  • Privilégier juin ou septembre pour éviter la chaleur la plus intense et la foule de la mi-été.
  • Réserver une masseria plutôt qu’un hôtel en ville, pour vivre un peu du rythme agricole de la région.
  • Goûter les orecchiette aux cime di rapa, la spécialité locale la plus simple et la plus juste.

Locorotondo et Cisternino, les villages qu’on oublie de citer

On parle beaucoup d’Alberobello et de ses trulli, mais j’ai gardé un souvenir presque plus vif de Locorotondo, ce village construit en cercles concentriques dont le nom signifie littéralement lieu rond. J’y suis arrivée en fin de matinée, au moment où les habitants sortaient arroser les pots de géraniums accrochés à chaque balcon en fer forgé, dans un silence que seuls quelques scooters venaient troubler. Un vieil homme assis sur le pas de sa porte m’a expliqué, avec des gestes plus que des mots puisque je ne parlais pas italien, que sa famille cultivait la vigne locale depuis toujours, un cépage appelé verdeca qui donne un vin blanc sec et légèrement pétillant qu’on trouve rarement en dehors de la région.

Cisternino, un peu plus loin, m’a offert l’un de mes meilleurs repas du voyage, dans une de ces macellerie ristorante où l’on choisit sa viande directement chez le boucher avant qu’elle ne soit grillée sur place et servie sur une table commune. J’ai partagé ce repas avec des habitants du village qui ne parlaient pas un mot de français, et nous avons quand même réussi à discuter de nos vies respectives à grand renfort de sourires et de gestes, autour d’un vin local servi dans des verres dépareillés.

La mer Adriatique côté Salento

En descendant vers l’extrémité sud de la région, le Salento, j’ai découvert des plages qui n’avaient rien à envier aux Cyclades pourtant réputées pour leurs eaux turquoise. À Torre Sant’Andrea, des formations rocheuses érodées par des siècles de vagues forment des arches naturelles au milieu desquelles je me suis baignée en fin d’après-midi, presque seule, dans une eau d’un bleu qui semblait presque artificiel tant il était intense.

J’ai loué un petit scooter pour longer la côte entre Otrante et Santa Cesarea Terme, m’arrêtant à chaque crique qui me semblait accessible, sans jamais être déçue. Otrante elle-même, avec sa cathédrale romane qui abrite une mosaïque de sol du douzième siècle représentant l’arbre de vie, mérite une halte plus longue que celle que je lui avais initialement prévue.

Pour organiser son séjour

  • Louer une voiture reste indispensable pour relier les villages, les trains ne desservant que les grandes villes côtières.
  • Préférer juin ou la première quinzaine de septembre, la chaleur de juillet et août pouvant être écrasante l’après-midi.
  • Réserver les macellerie ristorante de Cisternino en fin de journée, elles se remplissent vite avec les habitants du village.
  • Prévoir un masque et un tuba : les criques du Salento cachent des fonds rocheux qui valent le détour.

Un dernier souvenir

Je suis repartie des Pouilles avec un bidon d’huile d’olive dans ma valise, entouré de vêtements pour éviter qu’il ne se brise, et l’impression d’avoir découvert une Italie moins pressée, plus proche de la terre. Ce n’est pas une région qui cherche à en mettre plein la vue. Elle se donne lentement, à qui prend le temps de rouler sur ses petites routes bordées de murets, et c’est peut-être pour ça que j’y repense si souvent.

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