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Séville en hiver, la ville qui respire enfin

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J’ai choisi Séville en janvier, presque par dépit, parce que les billets d’avion pour ailleurs étaient hors de prix cette semaine-là. Je m’attendais à une ville éteinte, fermée sur elle-même en dehors de la saison touristique. J’ai trouvé l’inverse : une ville qui respirait enfin, débarrassée de la chaleur écrasante et des cars de touristes qui l’envahissent en été.

La cathédrale sans la queue interminable

Je suis arrivée devant la cathédrale de Séville un mardi matin à l’ouverture, et il n’y avait presque personne. J’ai pu grimper la Giralda à mon rythme, sans jamais être bousculée dans la rampe en colimaçon, et prendre le temps de m’arrêter à chaque ouverture pour regarder la ville s’étendre, orangée, sous un ciel bas de janvier. On m’avait raconté des files d’attente interminables en avril, pendant la Semaine Sainte. Rien de tout ça en hiver.

Le quartier de Triana, de l’autre côté du fleuve

La plupart des visiteurs restent du côté du Barrio Santa Cruz, avec ses ruelles blanches et ses patios fleuris. J’ai traversé le pont Isabel II un après-midi, presque par curiosité, et je suis tombée sur Triana, le quartier des céramistes et du flamenco populaire. Le Mercado de Triana, en bord de fleuve, sentait le poisson frais et les épices, et j’ai passé un long moment à observer les vendeurs plaisanter avec leurs clients habituels, dans un espagnol andalou que je ne comprenais qu’à moitié.

C’est dans une petite bodega de la Calle Betis, presque vide en cette saison, qu’on m’a servi le meilleur poisson frit de mon séjour, sans prétention, dans un cornet de papier, pour accompagner un verre de manzanilla.

L’Alcazar, un palais qui change avec la lumière d’hiver

J’avais lu que l’Alcazar de Séville était surpeuplé, et je pensais devoir m’y résigner. En janvier, j’ai pu m’asseoir seule dans les jardins, sur un banc face aux bassins, pendant que la lumière rasante de fin d’après-midi éclairait les arcs mudéjars d’une couleur presque rose. Les jardins, en cette saison, sont moins fleuris qu’au printemps, mais plus silencieux, et les oiseaux semblent y avoir repris possession des lieux.

L’hiver enlève à Séville sa carte postale, mais lui rend son silence. Et le silence, dans un palais mauresque, vaut toutes les fleurs du monde.

Le flamenco loin des spectacles pour touristes

On m’avait recommandé plusieurs tablaos du centre, ceux qui figurent dans tous les guides. Je suis plutôt allée, sur les conseils d’une habitante rencontrée dans un café, dans une petite peña de Triana, une association de quartier où des habitués viennent chanter entre eux, sans micro ni éclairage de scène. Le spectacle a commencé en retard, sans prévenir, et a duré ce qu’il devait durer. Ce n’était pas parfait techniquement, mais c’était vrai, et j’ai eu la chair de poule deux fois dans la soirée.

La Plaza de España, déserte à l’heure où personne n’y pense

La Plaza de España, immense demi-cercle de brique et de céramique construit pour l’exposition ibéro-américaine de 1929, figure sur presque toutes les photos de Séville, souvent envahie de calèches et de vendeurs de bracelets. J’y suis retournée un soir vers vingt-deux heures, après un dîner tardif, et je l’ai trouvée quasiment vide, éclairée par des lampadaires anciens qui font ressortir les alcôves peintes représentant chaque province espagnole. Le silence, sur cette place habituellement si fréquentée, m’a semblé presque déplacé, comme si la ville avait oublié d’éteindre le décor après le spectacle du jour.

Manger des tapas comme un habitant, pas comme un touriste

J’ai vite compris que les meilleures tapas de Séville ne se trouvent pas forcément dans les bars les plus recommandés en ligne, ceux où l’on fait la queue sur le trottoir. Un serveur d’un bar de la Calle Feria, dans le quartier populaire de Macarena, m’a expliqué la règle locale : ne jamais s’asseoir à une table si le comptoir est libre, et toujours demander ce qui vient de sortir de cuisine plutôt que de commander à l’aveugle sur la carte. J’ai suivi son conseil plusieurs soirs de suite, debout au comptoir avec un verre de fino, à enchaîner des petites assiettes que je n’aurais jamais su nommer moi-même.

La Plaza de España au petit matin, une deuxième fois

J’y suis retournée une deuxième fois, un matin cette fois, presque pour vérifier si l’impression de la veille n’avait pas été un simple effet de fatigue. Vers huit heures, seuls quelques joggeurs traversaient le pont central au-dessus du canal qui longe la façade en demi-cercle. Les employés municipaux balayaient les feuilles tombées pendant la nuit, sans se presser, et j’ai pu m’installer sur les marches face au bâtiment pour dessiner rapidement les motifs de céramique dans un carnet, quelque chose que je n’aurais jamais pu faire au milieu de la foule habituelle de l’après-midi.

Ce que l’hiver retire, et ce qu’il donne

Il faut être honnête : certains patios du Barrio Santa Cruz ferment en hiver, faute de fleurs à montrer, et les terrasses sur les toits sont moins agréables sous un ciel gris. Séville en janvier n’est pas la Séville des cartes postales couvertes d’orangers en fleurs. Mais elle offre autre chose : des rues qu’on peut traverser sans jouer des coudes, des tables de restaurant disponibles sans réservation, et une lumière d’hiver andalouse qui reste, malgré tout, plus douce que celle de la plupart des villes européennes à la même saison.

  • Visiter la cathédrale et la Giralda tôt le matin en semaine
  • Traverser vers Triana pour un déjeuner loin du centre historique
  • Chercher une peña de quartier plutôt qu’un tablao touristique pour le flamenco

Je suis repartie de Séville avec la certitude d’avoir vu une version plus honnête de la ville, moins photogénique peut-être, mais plus proche de ce que ses habitants vivent le reste de l’année.

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