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Naxos, l’île des Cyclades que j’ai failli manquer

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Je n’avais jamais prévu d’aller à Naxos. Mon plan initial s’arrêtait à Santorin, comme celui de la plupart des voyageurs qui débarquent au Pirée avec une carte des Cyclades froissée dans la poche. C’est un couple rencontré sur le ferry qui m’a convaincue de changer d’itinéraire, en me disant simplement : « Santorin, tu la regarderas en photo. Naxos, tu la vivras ».

Chora, la capitale qui ne joue pas la comédie

Le port de Chora ressemble, au premier regard, à celui de n’importe quelle île cycladique : maisons blanches, volets bleus, ruelles qui montent vers un château vénitien. Mais très vite, on sent la différence. Pas de boutiques de bijoux hors de prix à chaque coin de rue, pas de files pour le meilleur coucher de soleil. J’ai grimpé jusqu’au Kastro, la vieille forteresse vénitienne, un soir vers dix-neuf heures, et je me suis retrouvée presque seule à observer le soleil disparaître derrière la Portara, l’immense porte de marbre posée sur son îlot, vestige d’un temple d’Apollon jamais terminé.

L’arrière-pays, la vraie surprise de l’île

Naxos, contrairement à Santorin ou Mykonos, a un intérieur montagneux, cultivé, presque méconnu des touristes qui restent sur la côte. J’ai loué une petite voiture pour deux jours et je suis montée jusqu’au village d’Apiranthos, perché à flanc de montagne, aux ruelles pavées de marbre où les habitants âgés s’arrêtaient encore pour saluer les rares visiteurs. Dans une taverne sans enseigne, j’ai mangé un ragoût de chèvre préparé par la patronne elle-même, servi avec du fromage local et du pain encore tiède.

Plus loin, le village de Halki, ancienne capitale de l’île avant Chora, abrite une distillerie de kitron, une liqueur locale à base de feuilles de cédrat que je n’avais jamais goûtée ailleurs. Le patron m’a fait visiter les alambics en cuivre, presque à l’arrêt cette semaine-là, faute de production.

Des plages sans transats alignés

La côte ouest de Naxos aligne des plages de sable fin sur des kilomètres, Agios Prokopios, Agia Anna, Plaka. J’ai marché depuis Agia Anna jusqu’à Plaka, presque une heure de sable et de dunes, et plus je m’éloignais du village, plus les rangées de transats disparaissaient. J’ai fini par poser ma serviette seule, ou presque, face à une mer étonnamment calme pour une île réputée pour son vent.

C’est peut-être ça, le luxe véritable en Grèce aujourd’hui : marcher vingt minutes de plus pour avoir la plage pour soi.

Le vent, qu’on oublie souvent de mentionner

Il faut être honnête sur un point : Naxos est une île venteuse, réputée pour ça auprès des amateurs de planche à voile qui viennent spécialement à Mikri Vigla. Un après-midi, le vent s’est levé si fort que le sable fouettait les jambes sur la plage, et j’ai dû me réfugier dans une taverne pour attendre que ça se calme. Ce n’est pas un détail anodin si l’on prévoit de bronzer tranquillement toute une journée.

La cuisine paysanne, ce que je n’attendais pas

Je m’attendais à retrouver à Naxos la cuisine grecque classique des tavernes de bord de mer, moussaka et tzatziki servis un peu partout de la même façon. L’île m’a surprise par une tradition culinaire plus paysanne, liée à son agriculture encore active : pommes de terre cultivées sur le plateau de Tragea, fromages de chèvre affinés dans les villages de montagne, viande de porc élevée en plein air plutôt qu’importée. Dans une taverne d’Apiranthos, la patronne m’a servi une assiette de légumes simplement grillés, cultivés dans son propre jardin selon ses dires, avec une huile d’olive locale bien plus corsée que celle que je connaissais.

Naxos revendique d’ailleurs, sur plusieurs panneaux à l’entrée des villages, le titre d’île la plus fertile des Cyclades. Je ne saurais pas vérifier ce genre d’affirmation, mais après une semaine sur place, je veux bien la croire.

S’organiser sur place, entre ferry et location

J’ai rejoint Naxos depuis le port du Pirée en ferry de nuit, une traversée d’une bonne partie de la nuit qui m’a permis d’économiser une nuit d’hôtel. Sur l’île, j’ai loué mon studio directement auprès d’une famille du village de Chora, sans passer par une grande plateforme, en négociant par messages avec la fille de la propriétaire qui parlait un français scolaire mais suffisant. Ce genre d’arrangement, plus courant qu’on ne le pense sur les îles moins touristiques, permet souvent de dormir plus près du port pour un tarif raisonnable, tout en échangeant quelques conseils précieux sur les plages à éviter selon le vent du jour.

Une excursion vers Delos, en passant par Mykonos

J’ai profité d’un ferry pour rejoindre pendant une journée l’île sacrée de Delos, en passant par Mykonos où je n’ai fait qu’une escale de quelques heures. Le contraste m’a frappé : les rues de Mykonos, même hors saison, restaient bordées de boutiques de luxe et de restaurants aux prix affichés sans complexe, à des années-lumière de l’ambiance de Naxos. Delos elle-même, site archéologique désert où plus personne ne vit à l’année, offre une expérience presque irréelle, entre les mosaïques antiques et le silence complet, brisé seulement par le vent qui balaie l’île en continu.

Je suis repartie de cette excursion avec la confirmation de mon choix initial : Naxos, malgré sa proximité avec des voisines plus spectaculaires, garde une échelle humaine que j’ai eu du mal à retrouver ailleurs dans les Cyclades.

Pourquoi je préfère Naxos à ses voisines plus connues

Santorin a sa caldeira spectaculaire, Mykonos son énergie nocturne, je ne le nie pas. Mais Naxos offre quelque chose que les deux autres ont perdu avec leur succès : la sensation de circuler dans une île encore habitée par ses habitants, où les tavernes servent d’abord les gens du village avant les visiteurs de passage. Je suis repartie avec l’impression d’avoir vu une Grèce plus proche de ce qu’elle devait être avant les vols low-cost.

  • Louer une voiture pour explorer l’arrière-pays montagneux, souvent ignoré
  • Marcher au-delà d’Agia Anna pour trouver des plages moins fréquentées
  • Goûter le kitron dans une distillerie locale plutôt qu’en boutique de souvenirs du port

Je referai ce détour un jour, sans hésiter, et je laisserai à nouveau Santorin à ceux qui préfèrent la photo au silence.

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